Attention, ce billet contient des spoilers sur le film. 

Je ne sais pas si vous avez vu ce film, ou à tout le moins entraperçu son affiche. Le slogan qui y est mentionné est le suivant : «pour éviter des millions de victimes, un avocat se retourne contre son propre client…»

De quoi s’agit-il ? Le héros, interprété par Georges WhatElse Clooney, est certes un avocat, mais, pour rester dans le cinéma, plutôt à la manière de Léon : c’est un nettoyeur. Cela fait des années qu’il n’a pas traité de dossier. Non, sa spécialité, c’est arranger les problèmes tordus qui surviennent au sein de la grande firme qui l’emploie.

Aussi, lorsqu’un associé, en charge depuis des années de la plus grosse affaire du Cabinet, fait un strip-tease en pleine audition pour ensuite se ranger aux côté des adversaires de son client, c’est lui qu’on envoie calmer le jeu. Celui-ci, peu à peu, découvre les dessous de l’affaire et décide finalement de faire pareil, sauf pour ce qui est du strip-tease.

Ce film, c’est un peu le côté obscur d’Erin Brockovich. Autant Julia Roberts partait en croisade pour défendre la veuve malade et l’orphelin intoxiqué, autant Clooney décide de se retourner contre son propre client par lassitude, et en raison d’un légitime agacement dû au fait que le client a essayé de l’assassiner.

C’est un bon film au cours duquel le réalisateur prend le temps de camper ses personnages et de dérouler calmement son intrigue. A retenir, la scène d’assassinat commandité où les deux tueurs exécutent leur victime avec le même type de sang froid chronométré que celui nécessaire pour cuire convenablement un œuf à la coque.

Ce qui m’a fait tiquer dans ce film, c’est finalement l’affiche. En effet, à voir le film, on comprend parfaitement le revirement du héros, justifié par l’histoire et par son parcours personnel.

Toutefois, quand je lis le slogan, je me sens gênée aux entournures. Se retourner contre son client est une idée particulièrement choquante pour tout avocat. Nous sommes là, au contraire, pour soutenir nos clients, promouvoir leurs intérêts. Ils nous font confiance, cette confiance étant justifiée par le secret professionnel auquel nous sommes tenus. Jamais on ne doit parler de son client ou de son dossier. Alors, se retourner contre lui…

En outre, je trouve le slogan à la fois désagréablement démagogique et faux.

Faux, parce que Michael Clayton ne retourne pas sa veste pour sauver des millions de vies, mais parce qu’il est de très mauvaise humeur, qu’il en veut à mort au client qui a essayé de l’éliminer sans même prendre la peine de lui proposer un pot de vin, qui aurait sûrement été accepté, et qu’en plus il doit une faveur à un ami policier qu’il a mis en difficulté par ailleurs. Sans ce concours de circonstances, il se serait probablement tu et laissé acheter.

Démagogique… ai-je besoin d’expliquer ? « Pour sauver des millions de vies »… Hé, c’est pas un film Marvel, ici.

Bref, bien que l’affiche de ce film n’ait pas été destinée spécialement à des avocats mais au plus grand nombre qui devait ainsi comprendre l’intrigue en une ligne, je trouve cette accroche, déontologiquement, choquante. Car la seule chose que doit faire un avocat qui ne veut pas ou plus défendre son client, c’est de lui rendre son dossier et de cesser de s’en occuper. Pas le dénoncer.