Marie Laure Fouché

Avocat en construction et copropriété

Mot clé : Juge de la Mise en État

Procédure de Mise en Etat devant le TGI

J’ai pu remarquer que nombre de mes clients n’ont pas connaissance de la façon dont se déroule la procédure de Mise en Etat devant le Tribunal de Grande Instance. Ce qui n’est pas étonnant car cette procédure n’est pas particulièrement simple ni accessible pour le justiciable.

J’ai d’ores et déjà abordé la question sous l’angle de la comparaison des procédures devant le Tribunal d’Instance et le Tribunal de Grande Instance.

Mais il semble utile de revenir sur le sujet pour éclaircir un peu les choses.

Ce qu’il faut savoir, c’est que la procédure de Mise en Etat consiste à s’assurer, pour le Tribunal, que le dossier va être prêt à être jugé à un moment donné.

Devant le Tribunal de Grande Instance, la représentation par avocat est obligatoire et le Tribunal va apporter un soin tout particulière au respect du principe du contradictoire.

Il existe donc devant ce Tribunal un juge qui va s’occuper exclusivement du suivi de la procédure, avant la plaidoirie. Cela peut être n’importe quel juge de la juridiction, et in fine votre avocat pourra se retrouver à plaider devant lui. Mais l’idée est que, pendant les audiences de procédure, ce juge spécialement désigné va s’assurer que le dossier est en bon ordre.

Ainsi, une fois une assignation placée, et le Tribunal informé de l’existence de l’affaire, une première audience de Mise en Etat va être fixée.

Lors de cette audience, le juge va simplement vérifier quelques points administratifs: est ce que la partie adverse a pris un avocat, est-ce que le demandeur a communiqué les documents venant à l’appui de son assignation

Puis ensuite, les audiences de procédure vont se succéder afin que chaque partie puisse formuler son argumentation par voie de conclusions. Eu égard à l’encombrement des tribunaux notamment (et à l’agenda chargé des avocats, il faut bien dire), deux audiences de Mise en Etat seront généralement séparées, au minimum, de deux mois. Ce qui explique notamment la durée des procès.

Une fois que tout le monde aura exprimé son point de vue, le Juge de la Mise en État ordonnera la clôture de la procédure. Après cette date, sauf exceptions, on ne pourra plus formuler de nouvel argument ni donner de nouveau document. Puis viendra l’audience de plaidoirie.

Ces délais fort longs sont à la fois un inconvénient et un avantage. Un inconvénient, évidemment, quand on espère être jugé rapidement mais que le dossier n’est pas suffisamment évident pour justifier un référé. Un avantage, dans la mesure où cela peut laisser du temps pour tenter de trouver une solution amiable.

A quel moment dois-je demander mon expertise judiciaire ?

J’exposais dans un précédent article le risque qu’il y avait à substituer une expertise amiable à une expertise judiciaire. Et je mentionnais qu’on ne peut demander une expertise judiciaire à tout moment sans risque.

Il semble donc utile de préciser à quel moment on peut demander une expertise judiciaire.

Essentiellement, il y a deux façons d’obtenir la désignation d’un expert judiciaire.

Soit avant tout procès, soit pendant le procès. Mais les deux solutions ne se valent pas.

La règle principale est énoncée par l’article 145 du Code de Procédure Civile:

« S’il existe un motif légitime de conserver ou d’établir avant tout procès la preuve de faits dont pourrait dépendre la solution d’un litige, les mesures d’instruction légalement admissibles peuvent être ordonnées à la demande de tout intéressé, sur requête ou en référé ».

Donc la règle habituelle est que lorsqu’on craint de ne pas être en mesure de rapporter une preuve suffisante des dommages techniques subis il est préférable de solliciter une expertise judiciaire.

Mais en application de cet article 145 du Code, il faut la demander avant tout procès. Que cela signifie t’il ? En réalité, cela signifie « avant tout procès au fond ». Pour savoir ce qu’est un procès au fond, vous pouvez aller lire cet article, puis cet article.

Autrement dit, si vous avez par exemple déjà , dans la même affaire, fait un référé (pour plus d’explications sur le référé, voir ici et ici) vous pourrez envisager de demander une expertise. En revanche si vous avez engagé un procès au fond, l’article 145 ne pourra plus s’appliquer.

Pire, vous pourriez vous voir opposer l‘article 146 du Code de Procédure Civile, selon lequel:

« En aucun cas une mesure d’instruction ne peut être ordonnée en vue de suppléer la carence de la partie dans l’administration de la preuve ».

Autrement dit, si vous n’avez pas demandé votre expertise judiciaire préalablement et que vous vous apercevez en cours de procès au fond que vous avez besoin de solliciter une telle mesure, on pourrait vous la refuser au motif que vous faites preuve de carence dans la preuve de vos prétentions.

Il est donc vraiment, vraiment recommandé de demander l’expertise judiciaire avant tout procès.

Cependant, ce n’est pas toujours possible et il existe des cas où vous pourrez contourner l’obstacle.

Ainsi, le Juge de la Mise en État peut ordonner une mesure d’expertise. Pour savoir qui est le Juge de la Mise en État, je vous invite à consulter cet article. Je ferai ultérieurement un article plus précis sur le fonctionnement de la Mise en Etat.

Ceci étant précisé, selon l’article 771 du Code de Procédure Civile :

« Lorsque la demande est présentée postérieurement à sa désignation, le juge de la mise en état est, jusqu’à son dessaisissement, seul compétent, à l’exclusion de toute autre formation du tribunal, pour :

(…)

5. Ordonner, même d’office, toute mesure d’instruction ».

Donc, le Juge de la Mise en État, désigné par le Tribunal une fois le procès au fond, peut mettre en oeuvre une mesure d’instruction et notamment une expertise judiciaire.

Supposons que vous soyez non pas demandeur, mais défendeur à l’instance. Dans ce cas, vous ne pouvez pas demander une expertise avant tout procès, puisque vous n’êtes pas à l’origine du procès. Ce qui vous empêchait radicalement de demander l’expertise judiciaire avant tout procès.

En conséquence, si vous avez besoin d’une mesure d’expertise, vous pourrez l’obtenir assez facilement.

De même, parfois, alors que personne n’a demandé d’expertise, le juge considère qu’elle est indispensable et l’ordonne d’office.

Enfin, selon les circonstances, et avec un peu de chance, même si vous êtes demandeur vous pourrez obtenir votre mesure d’expertise judiciaire devant le Juge de la Mise en État. Mais rien n’est certain.

C’est donc la raison pour laquelle, si vous avez un litige relativement technique et que vous envisagez un procès, il faut se poser dès le début la question de l’expertise judiciaire. Après, il pourrait être trop tard.

Comparaison des procédures devant le Tribunal d’Instance et le Tribunal de Grande Instance

Nombre de clients qui viennent me consulter m’interrogent au titre de la procédure qui aura vocation à se dérouler devant le Tribunal d’Instance ou le Tribunal de Grande Instance, parfois devant le Tribunal de Commerce. 

Il est ainsi intéressant de voir comment, globalement, se déroule la procédure devant ces juridictions. Notamment, cela permet de mieux comprendre les délais inhérents à ces procédures et la façon dont les arguments sont échangés. 

J’évoquerai d’abord le Tribunal d’Instance, puis le Tribunal de Grande Instance, étant précisé que le présent billet n’a pas vocation à faire une présentation exhaustive, mais à donner un aperçu global. La procédure devant le Tribunal de Commerce fera l’objet d’un billet séparé

La procédure devant le Tribunal d’Instance 

Elle débute généralement par une Assignation. Pour savoir que faire si vous recevez une Assignation, je vous conseille la lecture de ce billet

L’Assignation en question précise une date d’audience devant le Tribunal. Par principe, l’affaire sera jugée à cette date, qui est donc, dès l’origine, la date finale de la plaidoirie. 

L’affaire peut ainsi être jugée dans un délai assez bref, de l’ordre d’un à deux mois après la signification de l’Assignation.

Toutefois, il faut savoir que si à la date fixée, toutes les parties ne sont pas prêtes, elles peuvent demander que l’affaire soit reportée à une date ultérieure, afin que l’affaire soit « en état » d’être jugée. 

Cela a pour objet de permettre le respect du principe du contradictoire, qui impose que chacun puisse formuler ses arguments et répondre à ceux de l’adversaire. 

Ainsi, l’affaire pourra faire l’objet d’un ou deux reports, ou plus, selon ce que demandent les parties. De tels reports peuvent également être utilisés pour donner aux parties le temps de trouver un accord amiable. 

Toutefois, ce qu’il faut retenir, c’est que toute date fixée par le Tribunal d’Instance a vocation à être une date d’audience de plaidoirie pour laquelle il peut être nécessaire d’être prêt. Cela implique donc que chaque partie ait pu préparer des conclusions (bien que la procédure soit orale, il est généralement préférable de préparer sa défense à l’écrit). 

En pratique, cela signifie souvent un échange de conclusions entre avocats dans les quelques jours précédant l’audience, voire la veille. 

Enfin, si au jour de la plaidoirie les avocats des parties considèrent avoir pu prendre connaissance des arguments de l’autre et y avoir répondu, l’affaire peut se plaider.

Il faut souligner que le Juge prendra connaissance des arguments échangés pour la première fois lors de l’audience de plaidoirie, les conclusions ne lui étant pas préalablement communiquées par les parties. 

La procédure devant le Tribunal d’Instance est ainsi marquée par une certaine souplesse, et ce d’autant que comme toute procédure orale, des arguments nouveaux peuvent être présentés à l’audience. 

La procédure devant le Tribunal de Grande Instance et la mise en état 

La procédure devant le Tribunal de Grande Instance est assez différente en ce qu’elle est nettement plus formaliste et encadrée.

La grande différence, notamment, est que sauf exception, l’Assignation devant le Tribunal de Grande Instance ne prévoit pas immédiatement une date de plaidoirie. 

L’Assignation devant le Tribunal de Grande Instance indique seulement à son destinataire qu’il doit prendre un avocat (en principe dans un délai de 15 jours), la représentation devant ce Tribunal étant obligatoire. Autrement dit, une partie ne peut se défendre seule ; même si elle se présente à l’audience, comme elle ne sera pas représentée par un avocat, elle sera considérée comme défaillante.

Une fois que l’Assignation a été délivrée aux parties concernées et remise au Tribunal, commence la « mise en état ».

Il s’agit d’une étape procédurale destinée à permettre au Tribunal d’être « en état » de juger l’affaire. « Être en état » signifie ainsi pour le Tribunal qu’il dispose au moment de la plaidoirie de tous les arguments échangés par les parties. 

Sur ce point, il faut savoir que la procédure devant le Tribunal de Grande Instance est écrite. Cela signifie que contrairement à la procédure devant le Tribunal d’Instance, tous les arguments doivent avoir été échangés par écrit avant la plaidoirie. Il est strictement interdit de faire état d’un nouvel argument lors de la plaidoirie, qui sert uniquement à clarifier et exposer les arguments déjà formés par écrit. 

Le fait que toute argumentation soit écrite fait que le Tribunal doit être certain que toutes les parties ont pu exprimer leur point de vue. 

Ainsi, contrairement à la procédure devant le Tribunal d’Instance, les parties communiquent leurs conclusions au Tribunal au fur et à mesure de l’avancement de la procédure. Cela signifie qu’au moment de la plaidoirie du dossier, le Juge dispose de tous les arguments à son dossier, qu’en principe il a déjà examinés quand la plaidoirie commence. 

Ainsi, entre l’Assignation et la date de la plaidoirie, se déroulent plusieurs audiences de procédure, dites « audiences de mise en état », au cours desquelles un magistrat particulier, le Juge de la mise en état, vérifie l’état d’avancement de la procédure. 

Typiquement, lors d’une telle audience, il vérifie si toutes les parties ont bien un avocat, quelles parties ont déjà formulé leurs arguments par écrit, et s’il a bien à son dossier toutes les conclusions qui ont été élaborées par les avocats des parties. 

Si certaines parties n’ont pas encore conclu (c’est-à-dire rédigé leur argumentation par écrit), le Juge renvoie à une prochaine audience de mise en état en donnant instruction à l’une ou l’autre partie de régulariser des écritures, et l’audience de mise en état suivante permettra en toute logique aux autres parties de répondre aux dernières écritures communiquées. 

Ce mécanisme permet d’organiser un calendrier de procédure et de fixer des dates pour les interventions des uns et des autres ; cela a le mérite d’organiser la procédure et d’éviter (en principe) un monceau d’écritures à la dernière minute. 

Enfin, au moment où chacune des parties a pu exposer par écrit complètement et précisément son point de vue, le Juge de la mise en état prononce la clôture de la procédure. Après cette date, il est interdit aux parties d’échanger de nouvelles écritures. 

Une fois que la clôture est ainsi prononcée, le Juge de la mise en état fixe une audience de plaidoirie, où les arguments écrits pourront être exposés et développés par oral devant un autre Juge (le Juge de la mise en état et le Juge qui statue sur l’affaire étant en effet différents). Comme je le précisais plus haut, le Juge qui écoute les plaidoiries aura en principe déjà examiné le dossier et lu les argumentations développées par chacun. Cela lui permet d’avoir une audience de plaidoirie « efficace » où notamment il peut poser des questions sur des points qui ne lui paraissent pas clairs dans les écritures. 

Dans ce cas, la plaidoirie est moins un discours prononcé par chaque avocat, et davantage un échange entre le Juge et les avocats destiné à permettre à ce dernier de comprendre au mieux le dossier. 

Enfin, il faut préciser que lors de la mise en état, il peut y avoir des « mini-plaidoiries », appelées incidents, qui se plaident devant le Juge de la Mise en Etat, et qui ont pour objet de purger diverses difficultés essentiellement procédurales avant la « vraie » plaidoirie. 

La relative complexité de ce mécanisme et sa longueur (généralement, deux audiences de mise en état sont séparées d’au moins un mois, plus généralement deux ou trois) justifient ainsi les délais nécessaires à une procédure devant le Tribunal de Grande Instance. 

En outre, cela explique également que parfois, le client a l’impression qu’il « ne se passe rien » dans le procès : on est au milieu de la mise en état, les audiences de procédure concernent essentiellement la ou les autre parties, et nous n’avons qu’à attendre leur réaction.